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extrait de l'exposition "Le travail"© Musée national suisseL'exposition "Le travail" éclaire la représentation sociale et artistique des métiers. On passe de portraits stéréotypés réalisés en studio (à g, un photographe) aux photos prises sur les lieux du travail, le bureau ou l'usine (à dr., dans une industrie).

Les métiers n'ont pas fini d'évoluer

Le système de formation doit s'adapter aux transformations, que retrace historiquement une exposition à Prangins

La plate-forme collaborative «Formation professionnelle 2030» orchestrée par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), la Cité des métiers à Genève et les nombreuses observations émanant du marché du travail convergent: la formation professionnelle évolue. L’actuelle exposition «Le travail» au Musée national de Prangins illustre d’ailleurs bien cette métamorphose (lire ci-dessous).

«La formation professionnelle suisse via l’apprentissage sera, en 2030, encore la voie la plus prisée pour s’intégrer sur le marché du travail, lance Joseph Widmer, directeur du SEFRI. Elle se trouve en première ligne, observée par le monde entier pour sa qualité. Aujourd’hui, elle doit réagir activement aux mutations à venir.» Le contexte économique et social devient sensible à la démographie et au vieillissement de la population, au climat et à l’environnement, à la globalisation, à la digitalisation, à la migration. «Sans oublier l’élévation des niveaux de compétences professionnelles», continue-t-il.

Une nouvelle culture du travail émerge. Les entreprises font face à une récente génération de «slasheurs», qui cumulent souvent plusieurs activités à temps partiel et revendiquent du temps et de l’épanouissement pour chacune des fonctions choisies. Par exemple employé/étudiant/parent/ sportif/bénévole.

«Les responsables des ressources humaines doivent pacifier aujourd’hui des employés «traditionnels», à plein temps, rompus à la hiérarchie avec ce nouveau type d’employés lancés sur le mode collaboratif, à la pointe de la technologie, jouant sur les échanges informels», constate Aurore Bui, consultante en innovation sociale et présidente de l’incubateur Softweb.

Attitude à se former

Au tournant du siècle, les ordonnances fédérales qui régissent les métiers duraient plus de vingt-cinq ans et elles impactaient au moins trois générations. Aujourd’hui, le rythme est de cinq ans maximum. De quoi conserver la pérennité d’une profession tout en intégrant rapidement les innovations technologiques et sociétales. «La cadence des régulations va s’accentuer. Du coup, l’obsolescence des compétences aussi», constate Grégoire Evéquoz, directeur général de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) à Genève.

L’apprentissage permanent en est la clé et pousse les professionnels à une vigilance constante quant à l’évolution des techniques, du savoir-faire et du savoir- être. «L’attitude est à savoir apprendre, quel que soit le contenu», intervient Aurore Bui.

Les voies individuelles sont privilégiées tant les parcours des personnes – jeunes et adultes – entrant en formation s’avèrent hété- rogènes. «Rendre la formation plus flexible est impératif. Ce qui permettra, à terme, à des personnes déjà formées d’accéder à des modules isolés, des qualifications partielles ou manquantes dans leur parcours déjà structuré», précise Joseph Widmer.

La tendance est à l’indépendance. Dès la fin de leur formation, sans attendre l’expérience, les jeunes se mettent à leur compte. L’organisation du travail évolue via les plates-formes collaboratives, ou encore la constellation de microstructures qui se disséminent dans le tissu économique. «Les espaces de coworking explosent car ils permettent d’émuler l’intelligence collective, de favoriser les échanges entre pairs et de ne pas se retrouver seul à travailler», relève Aurore Bui.

Prestations innovantes

«Nous devons faciliter l’accès à la formation à ces petites entreprises agiles, pas encore formatrices», accentue Joseph Widmer. Aussi, le contexte de plus en plus international et mobile du monde économique doit propulser l’apprentissage hors des frontières: «Le CFC de commerce bilingue, bien ancré à Genève, ouvre la voie», s’enthousiasme Grégoire Evéquoz.

Comment faire pour orienter les jeunes vers des professions dont on ignore encore les contours? «L’individualité – jeunes, adultes, migrants, etc. – et le hasard s’invitent à l’ordre du jour», convient Grégoire Evéquoz. Selon lui, la Cité des métiers suscite le débat et permet de proposer des prestations innovantes à des publics très différents. «La multiplicité des sources d’information employées et l’utilisation abondante des canaux d’information actuels font la différence.» «Cette structure intéresse d’ailleurs de nombreux cantons», conclut Joseph Widmer.

Les travailleurs par l’image à Prangins

L’exposition «Le travail» au Musée national de Prangins procure un double regard sur le travail, explique Nicole Staremberg, conservatrice: «Premièrement, elle éclaire la représentation sociale et artistique des métiers, passant de la terre et de l’artisanat à la modernité des industries pour arriver à leur dématérialisation. D’abord, le travailleur et la travailleuse sont les représentants caricaturaux d’une profession, puis membres du groupe entreprise jusqu’au milieu du XXe siècle, et actuellement plutôt individu constituant le capital le plus important de la société.» Deuxième axe: l’évolution de la photographie. On distingue d’abord les portraits stéréotypés réalisés en studio, puis sur les lieux de travail, l’usine et le bureau, notamment durant les années 1940, âge d’or du photoreportage (et ses premières écoles), pour arriver au numérique dématérialisé. Les thématiques abordent, entre autres, le genre, la guerre, la migration et la machine.

Le travail: photographies de 1860 à nos jours, Musée national suisse, château de Prangins, jusqu’au 15 octobre 2017. Infos: www.chateaudeprangins.ch

Eliane Schneider Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) Genève