Le télétravail, une idée à travailler encore
Et si on travaillait demain depuis chez soi? Voire le plus souvent aussi par la suite? Telle est l’idée de la Journée du télétravail, prévue ce jeudi en Suisse. Pour rappel, il s’agit de la pratique consistant à travailler un ou plusieurs jours depuis son domicile, à l’aide des outils modernes de communication (ordinateurs reliés à l’Internet et téléphones, essentiellement). Afin de promouvoir l’événement, les organisateurs du Home Office Day ont invité les médias ce lundi à Zurich. L’occasion de présenter quelques études sur le sujet et d’entendre les témoignages de représentants d’entreprises qui autorisent certains de leurs collaborateurs à télétravailler.
Pour les «métiers du savoir»
«Certains», car le télétravail n’est pas possible pour tout le monde. Pour des raisons évidentes, on voit mal un plombier, un électricien, un boulanger, un chirurgien ou un pilote de ligne travailler depuis chez eux. Les métiers qui s’y prêtent le mieux sont ceux dits «du savoir». En clair, des professions pour lesquelles on n’est pas payé pour un travail physique mais pour ses connaissances et dont la pratique ne nécessite pas obligatoirement d’utiliser un matériel spécifique ni d’être présent physiquement dans l’entreprise tous les jours. C’est notamment le cas des métiers de l’informatique, de la communication, de la comptabilité, du secrétariat ou encore de la traduction. Selon Oliver Gassmann, professeur de gestion des technologies à l’Université de Saint-Gall, 450 000 personnes en Suisse ont le potentiel de télétravailler. Et ainsi, de jouir des avantages qu’offre cette pratique.
Une solution «win-win»
C’est que le télétravail est souvent présenté comme étant très avantageux. Et pour toutes les parties. A commencer par l’employé. Celui-ci peut, en vrac, dormir un peu plus le matin et être plus frais et dispo, éviter de perdre du temps dans les trajets aller-retour entre son domicile et son bureau et consacrer ce gain de temps à son travail, dépenser moins d’argent pour ses transports, bénéficier d’un environnement plus favorable à la concentration et mieux concilier vies professionnelle et familiale.
Les entreprises aussi ont à y gagner. D’après Oliver Gassmann, le télétravail permet de partager les postes de travail et ainsi de réduire jusqu’à 30% les coûts par poste. Logistiques et économiques, les gains sont aussi de l’ordre de la productivité. L’universitaire saint-gallois a calculé que les employés perdent en moyenne chaque jour 40 minutes dans les trajets en train ou en voiture. Sur les 450 000 Suisses concernés par le télétravail, un gain de 40 minutes par personne donne un potentiel théorique de 300 000 heures par semaine.
Un plus contre le franc-fort
Et ce n’est pas tout. Une étude britannique de février 2011 a mis en évidence que, dans les entreprises pratiquant le télétravail, l’absentéisme a diminué de 4,7 jours par personne et par an. Avec un coût moyen d’environ 94 livres (140 francs) par jour, il en résulte un gain d’efficience de 3,2 milliards de livres (4,7 milliards de francs) en Grande-Bretagne.
Economiesuisse, dans un dossier politique daté du mois dernier, y voit même une opportunité pour lutter contre le franc fort. «L’utilisation des TIC (ndrl: nouvelles technologies de l’information) nous donne des avantages compétitifs par rapport à des pays qui peuvent produire à des coûts salariaux unitaires inférieurs».
Les entreprises auraient aussi à y gagner en termes d’image, notamment au moment des recrutements. C’est l’avis de Lucrezia Meier-Schatz, conseillère nationale et directrice de Pro Familia Suisse: «Dans la lutte pour recruter de bons collaborateurs qualifiés, la possibilité de concilier vie professionnelle et vie privée et une politique d’entreprise favorable aux familles vont devenir ces prochaines années un enjeu majeur dans les négociations». Un sondage montre que près des deux tiers des travailleurs souhaiteraient aménager leur horaire de travail de manière plus flexible.
Bon pour la nature
L’autre argument en faveur du télétravail est l’impact bénéfique qu’il aurait sur l’environnement. L’Office fédéral de l’énergie rappelle que la consommation d’énergie due au chauffage des bureaux et les déplacements pendulaires sont les principaux facteurs de pollution de l’environnement. On estime qu’en Suisse, le télétravail éviterait le rejet de 67 000 tonnes de CO2 par an.
Changer les mentalités
Reste que nombre d’entreprises suisses hésitent encore. Les organisateurs du Home Office Day et les parrains de la Journée appellent donc au changement des mentalités et de la culture du management. «Les entreprises travaillent avec des technologies ultramodernes, mais continuent à utiliser d’anciens modèles de pensée et de travail pour diriger les collaborateurs, constate Petra Jenner, directrice générale de Microsoft Suisse, entreprise qui pratique le télétravail. Dans une société du savoir où le travail itinérant est la règle, le management par conventions d’objectifs vient remplacer les heures de présence. Cela présuppose de nouvelles compétences de management et des rapports de confiance».
Fabrice Breithaupt



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