Le franc trop cher pèse aussi sur les postes de cadres
Les exportateurs et l’industrie suisse du tourisme ne sont pas les seuls à souffrir de l’éclatante santé du franc. «Une monnaie surévaluée a aussi des conséquences fâcheuses sur les multinationales étrangères qui se sont installées chez nous, en particulier au niveau de l’emploi», constatent Jacques Renaud, associé fondateur, et Christophe Andreae, associé de JRMC, une société lausannoise active dans le recrutement de cadres et de spécialistes à haute valeur ajoutée travaillant essentiellement dans les secteurs de l’informatique et des télécoms.
«Rendement prioritaire»
«Le marché de l’emploi devrait fonctionner correctement. Mais il est faussé par des impératifs financiers. Un emploi de cadre se libère-t-il dans une de ces sociétés étrangères? L’employeur sera tenté de le déplacer dans un autre pays, d’autant qu’il y a dans son entreprise de nombreuses fonctions, même avec un bon niveau d’expertise, qui sont internationales et peuvent facilement être transférées à l’étranger. C’est encore plus manifeste avec des fonctions demandant des compétences moins élevées et moins bien rémunérées. Lorsque les collaborateurs n’ont pas un contact direct avec le marché, qu’ils travaillent essentiellement avec le téléphone et l’ordinateur, il est avantageux pour l’employeur de les rémunérer dans la monnaie d’un pays de l’Est, par exemple, plutôt qu’en francs. Les sociétés dirigées par des financiers, ce qui est de plus en fréquent, vivent en permanence avec des programmes d’économies. Pour elles, le rendement est prioritaire et ce sont régulièrement leurs départements de ressources humaines qui trinquent.»
Un autre phénomène est apparu sur le marché de l’emploi, plus directement lié à la conjoncture économique: «Nous avons des demandes d’entreprises qui ont des emplois d’experts et de spécialistes à repourvoir, mais nous constatons que les gens bougent beaucoup moins qu’en période de bonne marche des affaires. Lorsque les perspectives sont médiocres, les gens s’accrochent à leur job. Car s’ils changent d’entreprise, ils redoutent en cas de compression d’effectifs la vieille règle «dernier arrivé, premier parti». D’autre part, en cette période d’incertitude économique, ils sont de plus en plus nombreux les employeurs qui, par prudence, s’adressent à des sociétés qui leur fournissent du personnel temporaire.» La formule a l’avantage de la souplesse, car les contrats sont sensiblement plus courts que pour les emplois fixes.
Il n’empêche que l’adéquation entre l’offre et la demande d’emplois, même parmi les spécialistes, est difficile à obtenir dans des branches et des entreprises qui évoluent aussi rapidement que l’informatique et les télécoms. «Et pas seulement elles, précisent Jacques Renaud et Christophe Andreae. Mais la formation continue est vitale dans ces milieux où l’évolution des technologies est permanente. Elle exige de la part de chaque collaborateur une mise à jour de ses connaissances elle aussi permanente. Et à côté du bagage technique, il y a toutes les compétences relationnelles et sociales qui doivent elles aussi être développées. La communication, l’écoute, l’interactivité humaine sont devenues fondamentales dans la communauté des collaborateurs.»
Finalement, le grand défi que ceux-ci doivent relever tout au long de leur carrière, c’est celui de l’employabilité et de sa mise à jour. «La majorité des chômeurs, aujourd’hui, n’y ont pas eu la possibilité ou n’ont pas voulu faire cet effort, souvent parce que tout allait bien dans leur travail. Ils ne se remettaient pas en question et leur employeur ne s’en chargeait pas.»
L’allemand demandé
Un dernier conseil des associés de JRMC, à l’intention surtout des jeunes étudiants: «On se focalise sur l’anglais, on croit que c’est la seule langue pratiquée dans les milieux de l’informatique et des télécoms. Mais l’anglais est devenu une branche de base de la scolarité, au même titre que les mathématiques. On néglige l’allemand. Or, l’expérience nous indique qu’il est encore très demandé lors du recrutement d’un collaborateur d’un niveau élevé.»
Etienne Oppliger



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