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femme étudiant via e-learning devant son ordinateur© GETTY IMAGESL'e-learning est un outil indispensable de la formation continue. Dans un monde hyperconnecté, il doit encore être développé.

La formation continue affûte ses armes pour la décennie à venir

Les acteurs de la formation continue sont plus décidés que jamais à unir leurs forces et à coordonner leur savoir-faire.

Il faut avoir de l’audace, accroître les collaborations entre l’économie et les hautes écoles, développer les partenariats, consolider les ponts avec les pratiques professionnelles et se préparer surtout à affronter un monde où tout change de plus en plus vite.» Doyen du Centre formation continue de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), campus qui célèbre ses dix ans d’activité à Yverdon-les-Bains, le professeur Fabien Loi Zedda ne cache pas que les défis pour la décennie à venir sont nombreux pour tous les acteurs qui œuvrent aujourd’hui dans le domaine des formations postgraduées.

Car le doute n’est plus permis: le principe du Long Life Learning – qui implique que l’apprentissage professionnel est l’affaire de toute une vie et non plus seulement une brève parenthèse studieuse que l’on explore entre 15 et 25 ans – est définitivement et fermement ancré dans notre société contemporaine. Les nouvelles technologies et les impératifs économiques ne cessent de bousculer le marché du travail et mettent souvent les travailleurs à rude épreuve. Dans ce contexte, le rôle de la formation postgraduante est essentiel et doit savoir s’adapter aux réalités de notre temps. Mais l’offre est pléthorique et il est parfois difficile de se frayer un chemin parmi toutes les filières proposées. «Il s’agit aujourd’hui de séparer le bon grain de l’ivraie, de remodeler le paysage de la formation continue au sein des Hautes Ecoles spécialisées de Suisse occidentale (HES-SO) et auprès des entreprises qui consentent toujours plus d’efforts dans ce domaine», analyse Fabien Loi Zedda. L’heure est donc au bilan, aux questionnements et à la mise en place de nouvelles coopérations.

Trouver des ressources

Pour prendre le pouls et dessiner l’avenir de la formation continue en terre romande, la HEIG-VD a organisé la semaine dernière une table ronde qui a réuni plusieurs spécialistes pointus des HES/milieux universitaires ainsi que des chefs d’entreprise et des consultants. Si tous les participants ont unanimement salué l’activité croissante et le dynamisme dont font preuve aujourd’hui toutes les filières de la formation continue, tous ont également reconnu la difficulté de devoir composer avec le masterplan des hautes écoles de la Confédération, qui prescrit depuis 2013 l’autofinancement des formations postgraduées. «La suppression des subventions fédérales est un frein réel à la mise en place de nouvelles formations qui soient financièrement viables aussi bien pour les écoles que pour les postgraduants», ont déploré plusieurs orateurs, comme Viviane Prats, doyenne responsable de l’Unité de formation continue de l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (EESP) à Lausanne.

Un chemin dans la «jungle»

Comment pallier ce manque de ressources? «Il faut encourager les bonus à l’investissement, trouver des financements internes et privés, stimuler la créativité, oser prendre des risques», plaide Fabien Loi Zedda. Longtemps attendue par les professionnels de la branche, la loi-cadre sur la formation continue, qui est entrée en vigueur en Suisse le 1er janvier dernier, apportera peut-être un souffle nouveau et de nouvelles opportunités de financements. «Trop tôt pour l’affirmer, nous sommes en pleine phase de rodage et il faudra du temps pour que tout se mette en place», souligne cependant le doyen de la HEIG-VD.

«Depuis quelques décennies, la formation continue a explosé aussi vite que les églises se sont vidées!», relevait avec humour un des intervenants, Franck Le Vallois, créateur et directeur de Gouvernances. Car la difficulté est aussi là: les opportunités de formation ne cessent de se multiplier, et ce foisonnement – certains orateurs n’ont pas hésité à parler de «jungle» – peut se révéler déstabilisant. Sur ce point, tous les professionnels du secteur sont d’accord: le défi pour les dix prochaines années sera de redimensionner et de coordonner l’offre, de proposer des formations qui répondent à un réel besoin sur le terrain, de jouer le partage des compétences et d’étoffer les collaborations entre les différentes filières de formation et les milieux économiques.

Dans un monde où tout change très vite et où l’hyperconnection permet de s’informer à tout moment et en tous lieux, l’e-veille et l’e-learning sont aussi vus comme des outils indispensables qu’il convient encore de développer. «Il faut repenser les formats, dépasser le modèle des cours ex cathedra pour permettre aux postgraduants de gagner en temps et en efficacité», commente Pierre Jacot, directeur du Centre d’éducation permanente pour la fonction publique (CEP). Du pain sur la planche donc pour les acteurs de la formation continue, plus motivés que jamais à retrousser leurs manches. «Il faut construire sa formation comme l’on construit sa maison», se plaît à dire Fabien Loi Zedda. Et de conclure en citant Aristophane: «Former les hommes, ce n’est pas remplir un vase mais allumer un feu.»

Marie-Hélène Jeanneret