Heureux qui, comme un Suisse au travail
Quelles sont les charges physiques et psychiques que l’employé supporte au travail, quel est son état de santé, la compatibilité de ses horaires de travail avec sa vie sociale, la formation continue et la protection dont il bénéficie?
Tels sont quelques-uns des thèmes abordés dans l’European Working Conditions Survey , une enquête sur les conditions de travail de la population active occupée dans l’Union européenne (UE) et dans quelques autres Etats européens. Le sondage est réalisé tous les cinq ans depuis 1990. La Suisse y participe depuis 2005. En 2010, 1006 actifs âgés de plus de 15 ans ont été interrogés par téléphone par l’Institut LINK dans les 3 régions linguistiques du pays.
Plus de marge de manœuvre
Ainsi, en Suisse, 91% des actifs se disent satisfaits ou très satisfaites de leurs conditions de travail. Il n’y a que dans 5 pays de l’UE, en tête desquels le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, où ce niveau est supérieur, notent le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) et la Haute école spécialisée de Suisse nord-occidentale, qui ont évalué les données dans un premier rapport général.
Le travailleur suisse déclare disposer d’une plus grande marge de manœuvre dans son travail, notamment par rapport à ses horaires, et de davantage de soutien de la part de son environnement professionnel, que la plupart des personnes actives dans l’UE. Concrètement, il jouit d’une plus grande autonomie dans ses tâches, son chef l’encourage davantage à participer à des décisions importantes et l’employé est plus souvent impliqué dans les décisions qui concernent son travail.
Moins de peur du chômage
Le salarié suisse a aussi plus de possibilités de formation continue. Plus de la moitié des actifs interrogés déclare en avoir bénéficié au cours des douze derniers mois. En comparaison, la proportion est d’un tiers en moyenne européenne.
En outre, l’insécurité de l’emploi a diminué en Suisse entre 2005 et 2010. La peur de perdre son travail est nettement plus faible dans notre pays qu’ailleurs en Europe.
Menaces et humiliation
Voila pour la partie «satisfecit». Mais tout n’est pas parfait dans le monde du travail helvétique. Le salarié suisse se plaint ainsi d’un rythme de travail et d’une pression des délais qui sont supérieurs à la moyenne européenne.
De plus, près de la moitié des salariés en Suisse travaillent, au moins de temps en temps, plus de dix heures dans la même journée. En Europe, à peine un tiers seulement des actifs interrogés répondent cela. En Suisse, la part de ceux qui effectuent des journées de plus de 10 heures a même nettement augmenté entre 2005 et 2010, alors qu’elle a légèrement diminué dans les pays de l’UE.
Autres points noirs, qui interpellent: les employés en Suisse rapportent faire état de mobbing, de menaces et des comportements humiliants plus souvent que ce n’est le cas dans l’UE.
Les salariés helvètes rapportant devoir subir des charges physiques et être exposés à des produits chimiques dans leur quotidien professionnel sont moins nombreux que dans les autres Etats européens sondés. Mais le niveau de ces mêmes charges a, en général, augmenté depuis 2005 dans notre pays. Les charges physiques les plus fréquentes en Suisse sont les températures élevées (39% des cas), les postures douloureuses ou fatigantes (37%), le port ou le déplacement de lourdes charges (33%), les basses températures (28%) et le bruit fort (25%).
Reste que près de neuf personnes actives sur dix en Suisse affirment que leur état de santé général est bon ou très bon. La moyenne de l’UE est de 78%. Mais nombreux sont les actifs helvètes à reconnaître avoir souffert d’au moins un problème de santé au cours des douze derniers mois. Les troubles les plus fréquemment cités sont les douleurs musculaires aux épaules et à la nuque (55%), les maux de dos (49%), les maux de tête et la fatigue oculaire (47%), les douleurs musculaires dans les membres inférieurs (31%), les troubles du sommeil (27%) et les maux d’estomac (18%).
Fabrice Breithaupt



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