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Alexander Sillehoved et Lene à vélo© Slim AllaguiAlexander Sillehoved est l'un des très nombreux Danois qui se rendent au travail à vélo. Tout comme Lene, qui conduit d'abord ses enfants à la crèche avec un triporteur.

Danemark, le payse du nord où boulot rime avec vélo

Les autorités danoises favorisent la pratique du vélo avec la construction de super-pistes pour les cyclistes

«Je prends mon vélo tous les jours pour aller au travail, soit 12 km allerretour, par tous les temps et toujours avec plaisir», confie Alexander Sillehoved, un courtier de 30 ans à la compagnie maritime XO Shipping, à Copenhague. A 8 h, en ce lundi printanier de mai, sur le pont de Dronnings Louise Bro sur Noerrebrogade, l’artère cycliste la plus fréquentée de la capitale danoise, il doit se faufiler entre des milliers de cyclistes allant au travail ou à l’école. «Oui, il y a du monde, mais les pistes cyclables, bien encombrées surtout dès le printemps, sont larges et il y a très peu de frictions entre les cyclistes, comparé aux automobilistes coincés dans les embouteillages.»

Le trafic des deux-roues a explosé au Danemark depuis les années 70 et la première crise pétrolière de 1973 avec ses dimanches sans voiture. Dans ce royaume de la petite reine, parsemé de quelque 12 000 km de pistes cyclables, le nombre de vélos (4,5 millions) est en train de rattraper celui de ses habitants (5,6 millions). Et les Danois pédalent de plus en plus, notamment dans la région de Copenhague, la plus peuplée: 41% des trajets quotidiens des pendulaires entre les banlieues et Copenhague sont effectués à bicyclette. Pour les seuls habitants de la capitale, ce pourcentage atteint 62% pour les déplacements à l’intérieur de la ville.

Les autorités s’engagent

Comment expliquer un tel succès? Le courtier pense que «les autorités communales et étatiques ont beaucoup investi dans les infrastructures cyclistes (ndlr: près de 150 millions de francs suisses depuis 2005)». En outre, les trajets à vélo du domicile au travail sont déductibles des impôts à raison de 1,93 couronne (soit 0,28 franc) le km à partir de 24 km. Et le transport des bicyclettes est gratuit sur les trains de banlieue. «L’argument essentiel est que c’est devenu plus confortable et sûr de se déplacer à bicyclette, ajoute Alexander Sillehoved. Je ressens une bonne sensation de me rendre au travail en longeant des lacs sur de larges pistes, voir les cygnes, parler aux autres cyclistes à l’arrêt aux feux rouges et faire des connaissances. Mais le plus important pour moi est d’arriver en forme au travail, un exercice physique de trente à quarante minutes par jour qui m’apporte beaucoup de joie.»

Plus de la moitié de ses collègues arrivent aussi au bureau à vélo. «Certains font même 20 à 25 km chaque matin avec leurs vélos de course. La compagnie leur facilite la vie en mettant à disposition des douches et des vestiaires pour changer leurs vêtements en cas de pluie», indique-t-il.

Bon pour la santé

Etre bien dans son corps aide à réduire les congés de maladie des employés, estiment nombre de chefs d’entreprise. Ceux-ci encouragent, chaque mois de mai, leur personnel à participer à la campagne nationale de la Fédération danoise des cyclistes «Prendre le vélo pour aller au travail». Une opération lancée dix ans plus tôt, en 2007, destinée à «motiver un peu plus les employés à enfourcher la bicyclette dans le but d’améliorer leur santé, de freiner la congestion automobile et de réduire la pollution», selon Klaus Bondam, son directeur.

Les participants, entre 70 000 et 100 000, travaillant dans quelque 7000 entreprises, tentent, durant tout le mois de mai, de pédaler le plus de jours possible afin de remporter la palme de l’endurance et de la régularité avec des primes à la clé: voyages, vélos et autres cadeaux à gagner.

Un tel engagement est bénéfique à la santé des employés, selon le professeur Lars Bo Andersen, de l’Institut des sports de Syddansk Universitet, à Odense: «Quinze minutes d’activité physique par jour, comme le vélo, prolonge la vie de trois ans en moyenne, assure-t-il. Le trafic cycliste actuel de la maison au travail contribue à éviter environ 10 000 nouveaux cas de cancer, de maladies cardio-vasculaires et de diabète de type 2, et quelque 2500 décès par an.»

Employés et entreprises semblent s’y retrouver: «Plus de 400 millions d’allers-retours à bicyclette ont été faits en 2016 dans le Grand Copenhague, avec pour effet plus d’un million de journées de maladie en moins», se félicite Sophie Hæstorp Andersen, présidente de la région de Copenhague.

Pour le professeur Lars Bo Andersen, «il ne fait guère de doute qu’il y a un retour sur investissement en améliorant les infrastructures cyclistes». Le médecin fait référence, notamment, aux efforts continus de la mairie de Copenhague et des communes environnantes en faveur des deux-roues.

Des autoroutes pour vélos

Au début de mai, la région de Copenhague a ainsi élargi son réseau de super-pistes cyclables avec cinq nouvelles «véloroutes» de 115 km. Ces pistes sont plus larges, avec un bon revêtement, des feux synchronisés et prioritaires aux carrefours importants et des pompes en chemin pour gonfler ses pneus. Des autoroutes pour vélos destinées à rendre le trafic cycliste plus attrayant et sûr afin de convaincre les pendulaires des banlieues à laisser leur voiture au garage.

Depuis le lancement des premières super-pistes en 2012, le nombre de cyclistes a augmenté considérablement; de 34% à 61% selon les communes. En 2018, 4 autres super-pistes étofferont le réseau, qui totalisera ainsi 28 véloroutes de près de 400 km reliant les villes des banlieues à Copenhague.

Slim Allagui